Dans cette thèse, Hajar Oulad Ben Taïb analyse l'action développée par les Ligues Ouvrières Féminines Chrétiennes, devenues Vie Féminine, auprès des femmes immigrées marocaines et turques en Belgique entre 1964 et 1974. Elle prend pour cadre les accords migratoires conclus par la Belgique avec le Maroc et la Turquie en 1964, destinés à répondre aux besoins de main-d'œuvre de l'industrie belge. L'installation progressive des familles dans le cadre du regroupement familial reconfigure durablement les quartiers populaires de Bruxelles et plus largement, la société belge. En l'absence de politiques publiques d'accueil, les organisations du pilier chrétien occupent alors une position centrale dans l'accompagnement des populations immigrées. C’est dans ce cadre que Vie Féminine développe une "Action Immigrées" destinée aux femmes marocaines et turques.
La recherche reconstitue le processus par lequel les femmes marocaines et turques deviennent un public distinct de l'action sociale chrétienne. À travers des dispositifs variés tels que les consultations de nourrissons, les visites à domicile, les cours de langue, de cuisine ou de couture, le mouvement poursuit un double objectif : favoriser leur intégration dans la société belge et élargir sa base militante. Cette action, portée par une rhétorique de la solidarité, est simultanément traversée par des postures maternalistes et des représentations sociales qui construisent les immigrées comme culturellement distantes, vulnérables ou assignées à des traditions patriarcales. La thèse met en évidence le rôle structurant de ces imaginaires sociaux parfois hérités de la période coloniale, dans les pratiques et les discours des militantes chrétiennes. La recherche montre néanmoins que ces femmes investissent les espaces proposés par Vie Féminine non comme de simples bénéficiaires, mais pour développer des réseaux d'entraide, acquérir des compétences linguistiques, rompre l'isolement et, dans certains cas, s'engager dans des formes de participation collective.
La thèse restitue ainsi les marges d'action et les capacités d'initiative de ces femmes dans un contexte pourtant fortement traversé par des rapports de domination articulant genre, classe et race.
Elle montre enfin que l'Action Immigrées fonctionne également comme un vecteur de transformation interne pour Vie Féminine. Confronté aux mutations sociales des années 1960-1970, le mouvement se déplace progressivement d'un modèle centré sur l'apostolat chrétien, vers une organisation davantage orientée vers l'action sociale et culturelle. Cette recomposition s'inscrit dans le processus plus large de sécularisation de la société belge et d'émergence des mouvements féministes. La thèse contribue ainsi à une histoire croisée de l'immigration et des femmes en Belgique, en montrant comment la solidarité et le contrôle social, l’émancipation et la production de l'altérité peuvent coexister au sein d'un même dispositif.
Soutenance publique de la thèse de Hajar Oulad Ben Taïb en vue de l'obtention du grade de doctorat en histoire, histoire de l’art et archéologie.
PRÉSIDENT
Eric Bousmar | UCLouvain Saint-Louis Bruxelles
JURY
Pierre-Olivier de Broux | UCLouvain Saint-Louis Bruxelles, co-promoteur et secrétaire
Bérengère Piret | UCLouvain Saint-Louis Bruxelles, co-promotrice
Frank Caestecker | Universiteit Gent, membre du comité d'accompagnement
Juliette Masquelier | Sciences Po Paris, membre du comité d'accompagnement
Hassan Boussetta | Université de Liège, évaluateur externe
Els Flour | Centre d'Archives et de Recherches pour l'Histoire des Femmes (AVG-CARHIF), évaluatrice externe
03/06/2026
16h
Local : P02 (vers le plan d'accès)
ENTRÉE LIBRE
Accès via le Parking - Bâtiment Préfecture - Rez-de-chaussée.
UCLouvain Saint-Louis Bruxelles
Rue du Marais 119 - 1000 Bruxelles