A la recherche du prédroit de Louis Gernet

Midis du CRHiDI

Mis sur pieds en 2014, ils sont l'occasion de donner la parole aux chercheurs du centre afin de présenter une recherche en cours. Ils doivent permettre de montrer l'actualité des recherches en histoire du droit et des institutions telles qu'elles sont menées par les membres du CRHiDI.

 

Orateur : Kévin Carillon

 

Titulaire d'une maîtrise en droit international et européen de l'Université Paris 1 - Panthéon Sorbonne, d'un master en histoire et anthropologie juridiques comparées de l'université Paris - Nanterre, il réalise actuellement un master en socio-anthropologie à l'Université libre de Bruxelles. 

Ses thèmes de recherche se scindent en deux parties distinctes : la nature et la pluralité du phénomène normatif dans l'Antiquité d'une part, et l'application du droit des étrangers sur le territoire européen, en particulier dans le cadre de la demande d'asile, d'autre part.

 

La séance débute à 12h30 et est suivie d'un temps de questions-réponses.

Résumé :

En 1951, dans un article désormais célèbre de la revue L’année Sociologique, l’éminent helléniste Louis Gernet posait cette question à première vue parfaitement incongrue : existe-t-il une séquence historique au cours de laquelle « les relations que nous nommons juridiques seraient conçues suivant un autre mode de pensée que dans le droit proprement dit » ? Son étude des sources le conduisit à formuler une réponse pour le moins originale : avant le droit, il y aurait eu le prédroit, qui s’en distinguerait nettement et qui, pourtant, en serait la matrice. C’est que l’historien, spécialiste des droits de l’Antiquité, tentait depuis longtemps de trancher le nœud gordien de la naissance du droit et que les résultats de ses travaux avaient mis en évidence des formes alternatives de normativité ne répondant pas aux canons du « droit proprement dit ».

 

Pour qui se lancerait à la recherche du prédroit de Louis Gernet, le chemin est semé d’embuches. Tout d’abord, le lecteur s’étonnera de ne jamais trouver de définition précise du concept dans l’œuvre du savant, peu porté à la synthèse. Désorienté, il constatera ensuite l’existence de deux versions du prédroit dans la pensée de l’auteur : une première, mal dégrossie, qui entend faire de la sacralité le ressort fondamental de la différenciation entre le droit et son prédécesseur, et une seconde, plus souple, qui fait de l’intensité du lien juridique le critère décisif de la distinction. Enfin, au regard de l’indigence des sources et des incertitudes pesant sur leur interprétation, notre infortuné lecteur se trouvera bien en peine d’identifier les institutions de l’Antiquité susceptibles de répondre à pareilles exigences.

Dans ce contexte, notre étude vise à faire le point sur le concept lui-même, à décrire ses apports et ses apories, à clarifier certaines zones d’ombre, mais aussi, plus largement, à exposer les tenants et les aboutissants du débat dans lequel il prend place. En effet, loin de considérer le droit comme un invariant des sociétés humaines, Louis Gernet réfute le caractère transhistorique du droit en tentant de situer et de circonscrire historiquement le phénomène juridique.

 

Aussi, l’intérêt du prédroit ne réside peut-être pas dans sa capacité à décrire stricto sensu une réalité historique difficilement préhensible mais plutôt dans sa capacité à réinterroger la nature du droit, sa portée et son histoire dans un contexte marqué par une prise en compte accrue du pluralisme normatif.


Informations pratiques

Université Saint-Louis - Bruxelles

12h30-14h 

119 rue du Marais, salle 4015

1000 Bruxelles

 

L’inscription aux midis est gratuite mais obligatoire. Nous vous serions reconnaissants de confirmer votre présence via l’adresse mail suivante : crhidi@gmail.com

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