Colloque - Revues et Empires (18e s.-20e s.)

Revues et Empires (18e s.-20e s.)

Dans sa thèse qui fait référence, Marie-Albane de Suremain traitait essentiellement de la construction des savoirs en sciences sociales (les sciences juridiques en étaient donc exclues) par le prisme d’un objet encore peu étudié, la revue. L’auteur mettait en évidence la richesse de son utilisation sur l’analyse des discours, des savoirs et des sciences, des réseaux, des histoires nationales, des professions et des représentations. D’autres études sur les revues existaient ou ont vu le jour depuis. Par exemple, depuis quelques dizaines années, les revues juridiques ont fait l’objet d’un intérêt particulier de la part des historiens du droit en Europe, comme Paolo Grossi (1987) ou Michaël Stolleis (1999). Ces premières recherches se sont concrétisées par la publication d’études collectives en Allemagne, en Belgique, en Italie et en France. Elles ont permis de mieux comprendre comment les périodiques juridiques ont contribué à former le droit national, à le remettre en question et à lui donner une place dominante par rapport aux sciences sociales au long du 19e siècle et au début du 20e siècle. Pour les colonies, un numéro spécial de Outre-Mers. Revue d’Histoire est paru sur l’histoire de cette revue (2012). Concernant les lettres, un récent projet s’est intéressé aux revues littéraires coloniales italiennes (2013). En médecine, le sujet n’a fait l’objet que d’articles d’érudition. Une recherche approfondie et globale doit donc être menée. Y intégrer l’ensemble des revues généralistes et spécialisées serait à ce stade de l’historiographie téméraire ; mener cette enquête sur les revues coloniales européennes paraît déjà audacieux.


Ce projet a pour objectif d’analyser les revues « impériales » aux 19e et 20e siècles, c’est-à-dire à partir du moment de leur véritable naissance et déploiement jusqu’à nos jours. La difficulté réside d’abord dans la définition de l’objet lui-même. Qu’est-ce qu’une revue dans sa relation avec l’Empire ? L’intitulé du périodique, s’il correspond dans son choix et son évolution à une stratégie bien précise des rédacteurs, ne peut suffire à garder ou à écarter certaines publications. Ainsi, la diffusion, le contenu et la renommée de deux périodiques peuvent être proches voire identiques alors que l’un s’appellera « Journal » et l’autre « Revue ». C’est dans ce sens large que nous l’entendrons. De même, le caractère colonial/impérial de la revue n’est pas toujours mentionné dans le titre. Une lecture attentive des contenus est alors nécessaire par une sélection pertinente et approfondie des mots-clefs.

 

L’idée est de s’interroger sur l’importance et la portée véritable des revues relatives aux sciences juridiques, sociales, économiques et politiques, littéraires, historiques et médicales, qui ont pourtant été délaissées dans les recherches historiographiques au profit de l’étude d’œuvres majeures comme les « romans » ou les monographies spécialisées d’auteurs de référence. Il s’agira pour débuter, d’envisager les revues « impériales » sous l’angle de l’argumentation, c’est-à-dire du discours, en nous interrogeant sur sa construction, sa légitimité, sa mise en scène, sa circulation, ses publics et, bien entendu, sur ses conséquences tant en termes de représentations que de pratiques (les deux étant très souvent liées : par exemple, la représentation de l’indigène comme étant un enfant, légitime à la fois la spécificité du régime pénal à son égard mais également la mise en place d’un régime sanitaire ou prophylactique spécifique). Enfin, nous aborderons les modalités du passage du discours à la réalisation pratique.


Programme détaillé

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Informations pratiques

Lieu et dates

Jeudi 16 octobre : Maison européenne des Sciences de l'Homme et de la Société, 2 rue des Canonniers à Lille.

Vendredi 17 octobre : Université Saint-Louis - Bruxelles, 109 rue du Marais à Bruxelles

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